BRAVE Student – Échange de Recherche Communautaire

Le projet BRAVE apporte une approche unique d’intégration des sciences sociales et physiques et de travail, en partenariat avec les communautés locales, pour soutenir la traduction et l’adoption efficaces des activités de recherche. Les co-bénéfices donnent aux étudiants et aux chercheurs l’opportunité d’apprendre directement des communautés sur ce dont ils ont besoin et comment le projet BRAVE peut être le plus efficace et bénéfique pour les communautés locales et les partenaires. Un exemple principal de ce travail est démontré par les échanges de recherche étudiants et communautaires de BRAVE. Dans le cadre du projet BRAVE, trois bassins versants ont été équipés d’une infrastructure permettant un suivi détaillé de tous les aspects du bilan hydrique. Sur le site de Sanon au Burkina Faso, le suivi est assuré par Narcisse Gahi, PDRA BRAVE qui siège au sein de l’IRC, et par Jean Pierre Sandwidi à l’Université de Ouagadougou, ainsi que Mahamadou Koita au 2iE. Dans les bassins versants du Vea au Ghana et au Burkina Faso, il est dirigé par le technicien WASCAL, Sammy Guug, avec l’aide du Water Research Institute.

Sur le site du village de Sanon, le projet a loué des logements locaux où les étudiants vivent pendant la saison des pluies. Jusqu’à présent, au cours de deux saisons humides, trois étudiants de MSc et sept étudiants de BSc de l’Université de Ouagadougou et 2iE ont recueilli des données pour le projet. Ces étudiants viennent de cours liés à l’hydrologie et à la biologie. Sur les sites de Vea Catchment, un étudiant au doctorat WASCAL a collecté des données, ainsi qu’un stagiaire et un étudiant BSc. Il est plaisant de voir cette collaboration à la fois améliorer la collecte de données et renforcer les capacités des étudiants locaux.

Pendant ces séjours, les étudiants, les chercheurs et les communautés apprennent les uns des autres à travers des recherches menées et des échanges collaboratifs. Les étudiants et les chercheurs apprennent comment mener des travaux sur le terrain dans les communautés qui acquièrent une compréhension critique et une expérience des techniques de collecte de données, mais aussi le rôle des communautés dans le processus de recherche. Les communautés acquièrent également une compréhension de première main de la recherche menée dans leur communauté ainsi qu’un aperçu du travail important accompli par les universités nationales et de la façon dont ce travail peut produire des bénéfices à l’échelle nationale et communautaire. L’équipe du projet BRAVE est très reconnaissante envers les étudiants, leurs superviseurs et les communautés BRAVE pour ces opportunités.

Atlas des eaux souterraines africaines : le « X » indique la position, mais où se trouve la carte ? #60IAH2016

Forer pour trouver de l’eau est une entreprise très incertaine en Afrique – un peu comme être pirate sans avoir de carte au trésor. Dans beaucoup de régions, les roches sont très anciennes, parmi les plus vieilles de la planète. Ces pierres fendues, explosées par la chaleur du soleil ou détrempées par les pluies tropicales souvent seulement couvertes d’une fine poussière rouillée en guise de sol, peuvent contenir des quantités d#eau considérables.  Mais un foreur doit savoir à la fois où regarder et comment construire un puit qui durera. Un ou deux mètres peuvent faire toute la différence et donner un forage sec ou un puit capable d’alimenter une ferme ou tout un village pour une vie entière.

La bonne nouvelle, c’est que dans beaucoup d’endroits en Afrique les réserves d’eau souterraine sont plus importantes à proximité des lieux qui en ont besoin, et que la capacité de stockage technique ou avec l’usage des sols évolue. Les eaux souterraines sont une ressource naturelle actuellement sous-exploitée dans la majeure partie de l’Afrique – alors même que les problèmes de stress hydrique y sont très répandus et que la sécheresse menace les moyens de subsistance et la vie même de millions de personnes dans l’est et le sud du continent. Pour une fois les changements climatiques peuvent avoir une conséquence positive, car dans certains milieux les nappes se rechargent plus vite lorsque les épisodes pluvieux sont plus intenses. De fait, mieux comprendre et gérer les eaux souterraines africaines devrait être au cœur des stratégies de lutte contre la pauvreté et de résilience aux changements climatiques.

Jusqu’à présent, le manque d’information aisément accessible sur les eaux souterraines a constitué un défi à ce propos:

« Lorsque vous voulez forer un puit au Royaume Uni, vous pouvez vous appuyer sur des cartes et des registres de forage extrêmement détaillés (collectés par le British Geological Survey (BGS)] pour décider où vous aller creuser» confie Sean Furey, spécialiste Eau et Assinissement au Skat, à The Guardian. « Même dans les pays qui disposent d’une institution similaire au BGS, ce type de données n’est pas disponible car les ONGs, les acteurs privés ou même les gouvernements, qui commissionnent les forages, ne savent pas qu’ils doivent y transmettre leurs registres de forage. »

L’Atlas des eaux souterraines africaines a été lancé en mai et constitue une avancée majeure pour améliorer l’information sur ce sujet.

L’inspection des carrières anglaises (BGS) a élaboré cet Atlas en partenariat avec le Réseau eaux souterraines Burdon pour les pays en développement de l’Association internationale des hydrogéologues (IAH) et plus de 50 experts des eaux souterraines venus de toute l’Afrique.

L’Atlas présente, pour chacun des 51 pays africains, de nouvelles cartes gégologiques et hydrogéologiques complètes et des résumés des principaux milieux géologiques et aquifères du pays. Il comprend des chapitres sur le statut des eaux souterraines, leur utilisation et leurs modes de gestion, notamment les systèmes de suivi-évaluation, avec des informations à jour sur les organismes nationaux en charge du développement et de la gestion des eaux souterraines. Des éléments et des cartes sur la géographie, le climat, les eaux de surface, les sols et leurs usages complètent ces données. Il propose enfin des références et des liens vers des sources plus spécifiques pour ceux qui souhaitent approfondir le sujet.

Les annexes présentent des sujets clefs concernant les eaux souterraines en Afrique tels que la recharge des nappes, les techniques de développement et les aquifères transfrontaliers, avec là aussi des liens vers des sources d’information plus détaillées.

L’Archive des publications sur les eaux souterraines africaines, est également disponible : gratuite, les utilisateurs peuvent y faire leurs recherches géographiquement ou par mots clefs et accèder à des milliers d’articles, de rapports et d’autres documents sur les eaux souterraines africaines.

L’Atlas des eaux souterraines africaines est en cours d’élaboration. Certains chapitres n’ont encore que des informations limitées et beaucoup d’autres peuvent être complétés avec davantage de détails ou de mises à jours – et l’ensemble des pays ne collectent toujours pas les registres de forage au niveau national. Néanmoins, si vous travaillez en Afrique sur l’approvisionnement en eau rural ou urbain, les ressources en eau, la protection de l’environnement, l’agriculture, ou l’exploitation minière ou forestière, faites de l’Atlas un de vos liens favoris dans votre moteur de recherche.

Qui sait si le « X » indique la position du trésor caché que vous cherchez ? Au moins, maintenant, vous avez la carte !

Illustration 1: Apercu de l’Atlas des eaux souterraines africaines[i]

AGA_Overview

Informations complémentaires :

L’Atlas des eaux souterraines africaines a été élaboré dans le cadre du programme UPGro –  Libérer le potentiel des eaux souterraines pour les populations pauvres  (https://upgro.org). UPGro est financé par UK Aid ; le UK Natural Environment Research Council (NERC), et le UK Economic and Social Research Council (ESRC). Passeur de savoir/Facilitateur : Skat Foundation, en partenariat avec le Rural Water Supply Network (RWSN) www.rural-water-supply.net

L’Atlas des eaux souterraines africaines et l’Archive des publications sont disponibles ici :

http://earthwise.bgs.ac.uk/index.php/Africa_Groundwater_Atlas_Home

http://www.bgs.ac.uk/africagroundwateratlas/index.cfm 

 

 

Si vous souhaitez davantage d’information ou nous rejoindre, merci de contacter Brighid O Dochartaigh at  AfricaGWAtlas@bgs.ac.uk

[i]               http://earthwise.bgs.ac.uk/index.php?title=File:AGA_Overview.png&filetimestamp=20150929142535&

Cultiver les données : comment les agriculteurs éthiopiens récoltent les données pour favoriser leurs semis #60IAH2016

Quel temps va-t-il faire ? Beaucoup de gens se posent la question, mais pour beaucoup d’Éthiopiens la réponse peut faire la différence entre affluence et pauvreté. L’Èthiopie est un pays riche et divers de près de 100 millions d’habitants, 88 langues différentes et une histoire ancienne et remarquable. Ses hauts plateaux sont humides et fertiles lors de la saison des pluies, alors que ses plaines désertiques comptent parmi les endroits les plus arides de la Terre.

Dangila woreda (district) est une zone montagneuse dans le nord ouest du pays avec une population de 160 000 personnes environ répartie sur 900 km2. Bien que la zone recoive 1 600mm de précipitations annuelles, plus de 90% des pluies ont lieu entre mai et octobre. Les agriculteurs, qui dépendent de leurs troupeaux et de leurs cultures pluviales, doivent absolument comprendre et prévoir les variations de précipitations pour assurer leur ubsistance. Les statégies traditionnelles, utilisées depuis des millénaires, sont menacées par les effets conjugués des changements climatiques, de la dégradation des sols et de la croissance démographique.

Le manque de données sur les précipitations, le débit des eaux de surface et le niveau des eaux souterraines empêche de savoir exactement ce qui passe actuellement et ce qui pourrait arriver ensuite. Dans la majeure partie de l’Afrique sub-saharienne, les gouvernements n’ont pas assez investi dans le suivi-évaluation des conditions environnementales, qui décline et rend de plus en plus difficile la gestion des ressources en eau.

Et si c’étaient ceux qui ont le plus à gagner d’une compréhension et d’une gestion améliorée des ressources en eau qui pilotaient la collecte des données ? Les communautés sont-elles capables de collecter des données fiables sur la météo, les riviéres et les eaux souterraines ? C’est ce qu’explore une équipe de chercheurs de l’Université de Newcastle au Royaume Uni avec le projet AMGRAF[i] financé par UPGro[1].

Dans une nouvelle publication dans le Journal of Hydrology, David Walker et ses collègues expliquent pourquoi ils pensent que la science citoyenne a un avenir dans les zones rurales d’Èthiopie et au delà :

« Les bénéfices de la participation des communautés aux démarches scientifiques sont progressivement reconnus dans plusieurs disciplines, notamment parce que cela permet au grand public de mieux comprendre la science et de mieux s’approprier les résultats, avec une certaine fierté même. Et cela sert à la fois les individus et les processus de planification locaux. » précise Walker. « Parce qu’il y a si peu de stations de suivi-évaluation officielles, et que les zones à étudier et à gérer sont si vastes, il nous faut penser à d’autres méthodes de collecte des données. »

Le programme de suivi-évaluatio communautaire a démarré en février 2014 et les habitants d’une zone appellée Dangesheta ont été impliqués dans l’implantation de nouvelles jauges pluviométriques et de rivières et dans l’identification des puits adéquats pour le suivi. Cinq puits sont jaugés manuellement tous les deux jours, avec une mesure de la profondeur et du niveau d’eau ; une jauge pluviométrique a été installée dans la métairie d’un résident qui effectuait les relevés quotidiennement à 9h ; deux jauges ont été installées sur les rivières Kilti et Brante et étaient relevés tous les jours à 6h et 18h. Chaque mois, les bénévoles remettaient le registre de leurs relevés au bureau du Dangila woreda district, qui les saisissait dans un fichier excel et les envoyait ensuite à l’équipe de recherche.

Mais ces données sont-elles fiables ? Pour David et ses collègues, c’était une question déterminante pour le succès ou l’échec du projet. La validation des données est toujours un défi, qui souffre généralement de deux types d’erreurs :

Les erreurs d’échantillonage proviennent de la variabilité des pluies, du débit des eaux de surface et du niveau des eaux souterraines dans le temps et dans l’espace. Ce type d’erreur augmente avec les précipitations et diminue avec une plus grande densité de jauges. Le défi dans les zones tropicales comme l’Éthiopie c’est que la plupart de la pluie tombe sous la forme d’orages diluviens, qui peuvent être assez courts et petits et donc faciles à rater, ou bien seulement partiellement relevés, si la densité des stations météo est faible.

Le deuxième type d’erreurs sont les erreurs d’observation, qui peuvent avoir plusieurs causes : des vents forts renversant la jauge, l’évaporation vidant la jauge, et bien sûr l’observateur qui peut ne pas  lire la jauge  correctement ou bien mal transcrire ses observations.

« C’est compliqué de relever les erreurs mais c’est possible, surtout en faisant des comparaisons statistiques avec les résultats de stations météo et d’autres sources bien établies» confie Walker. « Nous constatons que les données collectées par les communautés sont plus fiables que celles collectées par télédétection satellite. »

Nous espérons que cette approche prometteuse sera davantage soutenue et sera utilisée plus largement, mais quels sont les secrets et les défis d’une participation communautaire réussie ?

 

« Les gens sont au cœur du processus, donc la sélection des bénévoles est une étape fondamentale pour éviter la falsification des données ou le vandalisme » conclut Walker. « Les retours sur les résultats sont aussi absolument cruciaux: les données peuvent être présentées et analysées avec la communauté lors d’ateliers ou de réunions collectives, leur permettant ainsi de prendre des décisions sur la meilleure utilisation des précipitations, des eaux de surface et des eaux souterraines pour garantir l’approvisionnement en eau de leurs fermes et de leurs familles. »

Ces travaux de recherche se poursuivent grâce à une bourse[2] de REACH : Améliorer la sécurité hydrique pour les populations pauvres, un programme piloté par l’Université d’Oxford.

[1]               « UPGro – Libérer le potentiel des eaux souterraines pour les populations pauvres » est un programme de recherche international de 7 ans (2013-2019) qui est co-financé par le Département pour le développement international (DFID) du Royaume Uni, le Conseil de Recherche pour l’environnement naturel (NERC) et le Conseil de Recherche Economique et Sociale (ESRC). Il vise à renforcer et améliorer les données factuelles sur la disponibilité et la gestion des eaux souterraines en Afrique Sub-Saharienne (ASS), afin de permettre aux pays en développement de la région et à leurs partenaires d’utiliser ces eaux souterraines de façon durable au bénéfice des populations pauvres. Les projets UPGro sont interdisciplinaires, liant sciences sociales et sciences naturelles pour relever ce défi.

[2]               http://reachwater.org.uk/grants-catalyse-12-new-water-security-projects/

[i]               AMGRAF: Adaptive Management of GRoundwater for small scale-irrigation and poverty alleviation in sub-Saharan AFrica: https://upgro.org/catalyst-projects/amgraf/ and http://research.ncl.ac.uk/amgraf/